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Mardi 30 juin 2009


 

Une nouvelle journée comme les autres passa pour Jean-Philippe, employé sans histoires dans une entreprise d'assurance. Il travaille dans une agence située dans un grand immeuble de bureaux très fréquenté. Très effacé, c'est à peine si ses collègues lui adressent deux mots dans une journée en dehors du minimum exigé par leur travail, mis à part, peut-être Rachid un collègue récemment arrivé. A la fin de sa journée de travail, il rentra directement chez lui, il fit juste un détour par le supermarché, comme à son habitude. Il y prit une pizza pour le diner, comme au moins trois fois par semaine depuis que sa femme l'avait quitté. Il arriva devant son immeuble, tapa machinalement le code d'entrée, monta les deux étages à pieds et arriva devant sa porte. En mettant la clef dans la serrure, il s'aperçut que celle-ci n'était pas fermée, cela ne l'inquiéta pas, il lui arrivait parfois d'oublier de la fermer. Il entra, ferma la porte, posa son sac de course à côté, et s'apprêtait à retirer sa veste, quand il entendit un bruit derrière lui. Avant qu'il ait eu le temps de se retourner, quelqu'un l'immobilisa et lui appliqua un tissu humide sur le visage. La tête lui tourna, sûrement du chloroforme se dit-il avant de perdre conscience.


Quand il rouvrit les yeux, il n'avait aucune idée de l'heure ou du lieu où il se trouvait. Il essaya de bouger, mais se rendit compte qu'il était attaché sur une chaise. Il grimaça à cause de sa nuque qui le faisait souffrir. Il entendit une voix d'homme provenant de derrière lui.

- Ah enfin! On dirait qu'il se réveille. Tu lui avais mis la dose, dit la voix plutôt calme en s'adressant à une autre personne que Jean-Philippe ne pouvait pas voir non plus.

- Non pas spécialement, c'est une petite nature, c'est tout, rétorqua la deuxième personne derrière lui son un ton plus sec que la première.

Quelqu'un le prit par les épaules et le secoua rudement.

- Allez! On se réveille! On a du boulot pour toi, va falloir être attentif, si tu veux voir le prochain couché de soleil. C'était le deuxième homme qui avait parlé, sa voix semblait assez jeune.

A présent, il était presque entièrement réveillé et lucide. Il vit qu'il était dans une petite pièce mal éclairée par une unique ampoule au plafond, ça faisait très cliché de film de gangster, se dit-il. Les murs étaient grisâtres, probablement à cause de l'humidité qu'il sentait, cela lui faisait penser à une cave ou à un vieil immeuble abandonné. Soudain, il entendit un gémissement provenant du coin de la pièce à sa droite. C'était un chien, comme il n'avait pas bougé jusqu'à présent, il ne l'avait pas remarqué. Le chien était attaché à un tuyau qui sortait du mur, certainement un tuyau de chauffage, donc ils ne devaient pas être pas dans une cave. C'était un gros chien, il ne put en définir la race, il ressemblait à un rottweiler avec des poils plus long et plus clair, probablement un croisement de plusieurs races. Il n'avait pas l'air méchant ou agressif, mais plutôt inquiet et effrayé d'être là. Cela nous fait un point en commun, se dit Jean-Philippe.


Un des deux hommes se plaça devant lui, il était grand, athlétique, brun, les cheveux courts, il ne pu en voir plus car l'homme était à contre-jour.

- Je vais t'expliquer ce qu'on attend de toi, lui dit-il. C'était le premier homme qui avait parler quand il s'était réveillé, celui à la voix plutôt calme. Demain, on te déposera à ton travail, tu auras un sac qu'on t'aura donné, il y aura une bombe dedans. Tu l'installeras où et comment on te l'aura indiqué. Dès que ce sera fait, tu nous rejoindras dans la voiture qui sera garée à proximité.

- Et si je refuse? Se risqua à demander Jean-Philippe.

- Tu penses bien qu'on a pris nos précautions. Tu a mal à la nuque, n'est-ce pas? Jean-Philippe acquiesça.

- On va te montrer ce qui t'arrivera, si tu ne suis pas nos instructions à la lettre. C'était le deuxième homme qui avait pris la parole.

L'homme sembla chercher quelque chose dans un sac, puis se dirigea vers le chien qui se remit à gémir de plus bel et chercha à fuir, mais il était solidement attaché. Jean-Philippe vit pour la première fois le deuxième homme, il était plus petit et plus maigre que le premier, il était mal rasé et ses cheveux, brun comme l'autre, étaient plus long et mal coiffé. Il tenait à la main un objet à mi-chemin entre le pistolet et la seringue. L'homme le plus grand alla tenir le chien, afin que celui-ci reste bien immobile. Ensuite, l'espèce de pistolet fut placé à la base de la tête du chien, un bruit sec légèrement étouffé se fit entendre et le chien hurla. L'animal était toujours conscient et se débattait pour se libérer de l'étreinte de l'homme, mais celui-ci tenait bon. Pendant ce temps, l'autre homme alla poser le « pistolet » et revint avec un appareil de la taille d'un téléphone portable. Il le posa sur la nuque du chien, on entendit un petit bruit électronique. L'homme sembla régler quelque chose, puis remis l'appareil sur la nuque du chien et cette fois le même bruit se répéta deux fois de suite. Les deux hommes étant devant lui, la première chose qu'il remarqua c'était qu'ils se ressemblaient, ils devaient être frères. Ils étaient tous les deux brun, le premier était un peu plus grand, plus soigné et semblait plus âgé que l'autre. Le second était négligé, mal rasé, les cheveux gras et en bataille. C'était ce dernier qui tenait le boitier et qui dit:

- Je l'ai réglé sur 20 secondes.

- Voila ce qui t'arrivera demain à 13h, si tu n'obéis pas ou si tu veux nous doubler. Mon frère et moi on n'apprécions pas les petits malins, ajouta l'autre homme.

Il avait donc vu juste, ils sont bien frères. L'homme au boitier y jeta un coup d'oeil et annonça :

- 5... 4... 3... 2... 1...

Sous les yeux horrifiés de Jean-Philippe, une détonation retentit et la tête du chien explosa à moitié et le reste roula à terre, pendant que son corps s'affaissa dans un bruit mat. Le prisonnier resta sous le choc, tout cela semblait tellement irréel, tellement incroyable. Il devait faire un cauchemar, tout cela ne pouvait pas être la réalité.

- Alors prêt à coopérer? Jean-Philippe sursauta, c'était le plus âgé qui avait parlé.

Il les regarda, le plus jeune souriait, ce qui, vu les circonstances, lui donnait un air lugubre et inquiétant, pour ne pas dire maléfique. Il semblait que le spectacle de la mort de ce pauvre animal lui ai beaucoup plu. Son regard revint sur le plus âgé et il acquiesça, que pouvait-il faire d'autre de toutes manières.

- C'est quelqu'un de raisonnable, je te l'avais bien dit.

- T'avais raison, approuva le plus jeune.

- On va te détacher et t'emmener quelque part où tu pourras dormir. Demain, on te donnera les instructions que tu devras suivre à la lettre.

- Et pas de blagues, on déteste ça, OK? Ajouta le plus jeune sur un ton sec.

- Je crois qu'il a bien compris que ce n'était pas dans son intérêt de jouer au héros.


Ils le détachèrent de la chaise, mais laissèrent ses mains attachées et le trainèrent sans ménagement dans une pièce toute proche. Une fois à l'intérieur, ils lui délièrent les mains, lui indiquèrent une porte où il trouverait des toilettes et un lavabo. Ensuite ils sortirent en claquant la porte derrière eux, Jean-Philippe entendit une clef tourner dans la serrure. Cette pièce ressemblait à la précédente, mis à part un matelas posé à même le sol, le long du mur face à lui et la seconde porte qui menait à un cabinet de toilette rudimentaire. Jean-Philippe alla se passer un peu d'eau sur le visage et la nuque. Il grimaça en se passant la main là où l'implant explosif avait dû lui être injecté. Sous ses doigts cela ressemblait à un bouton laissé par une piqure de moustique, sans les démangeaisons et en nettement plus douloureux. Il trouva un gant de toilette sur le bord du lavabo, il le mouilla et se le mis sur la nuque pour calmer l'élancement. Quand la douleur fut un peu calmée, il remarqua que quelque chose avait été dévissé du mur au-dessus du lavabo très récemment, il y avait encore de la poussière provenant du mur sur le bord du lavabo, alors qu'en dehors de cela, il était propre. Ce devait être un miroir, il constata également que les fenêtres étaient rendues inaccessibles par des planches. Les kidnappeurs avaient sans doute la crainte qu'il ne tente de s'échapper ou de se suicider avec un éclat de miroir. Il sortit de la salle de bain, alla éteindre la lumière et s'allongea sur le matelas. Il n'avait pas particulièrement envie de dormir, mais avait toujours préféré réfléchir dans le noir. Plus il pensait à la situation, plus il était convaincu que quoi qu'il arrivera le lendemain, il était déjà condamné. S'ils comptaient vraiment le laisser partir, pourquoi ses ravisseurs lui auraient-ils laissé voir leurs visages. Ils ne semblaient pas assez stupide pour laisser en vie quelqu'un qui pourrait les identifier et les faire arrêter. Bien que cette déduction soit d'une logique imparable, elle était difficile à accepter.

Il pensa ensuite à sa vie, le constat n'était pas brillant, surtout depuis quelques temps. Deux ans auparavant sa femme l'a quitté, avant de finir par demander le divorce pour pouvoir se remarier avec un pompier. Elle a la garde de Kevin, leur fils de dix ans et il ne peut le voir qu'un week-end sur deux. Durant ces week-end, Kevin lui parle souvent des exploits de Patrick, son beau-père pompier. C'est certain qu'un employé de bureau dans une entreprise qui vend des assurances, cela fait moins rêver.


S'il devait mourir demain, il ne voulait pas que son fils apprenne qu'il était mort après avoir posé une bombe. Il ne voulait pas finir en meurtrier, mais s'il refusait, ils le tueraient et recommenceraient le même scénario avec quelqu'un d'autre. S'il prévenait la police en arrivant au travail, les terroristes risqueraient de les voir arriver et de déclencher la bombe. A moins que la bombe qu'ils vont lui donner ne soit pas encore amorcée, mais ça il ne le saura que demain. Il devait donc réfléchir à deux cas de figure, le premier, si la bombe est déjà active, le second, si c'est à lui de l'activer. Il passa une bonne partie de la nuit à penser à tout cela, jusqu'à ce que le sommeil est raison de lui.


Jean-Philippe eut l'impression que cela faisait moins de dix minutes qu'il s'était assoupi, quand quelqu'un vint le secouer violemment. C'était le plus jeune des deux hommes qui était venu le réveiller et il avait l'air de méchante humeur. Il lui dit qu'il avait un quart d'heure pour manger et se préparer. Avant de sortir, il lui montra le plateau qu'il avait posé sur le sol. Jean-Philippe se leva juste après que la porte se soit refermée derrière son ravisseur. Sur le plateau, il trouva des croissants, du café, du jus d'orange, deux morceaux de sucre et un peu de lait dans un petit pot. Pas si mal comme petit-déjeuner pour un otage, mais un peu léger pour un dernier repas, se dit-il. De toutes façons, il avait l'estomac noué et ne put avaler qu'un peu de café, avant d'aller faire un brin de toilette, plus par habitude qu'autre chose. Après ça, il attendit quelques minutes avant que ses deux ravisseurs ne viennent le chercher. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, sa montre avait disparue depuis son enlèvement. Les deux hommes l'emmenèrent dans la pièce où il s'était réveillé la veille. Il jeta un coup d'oeil à l'endroit où se trouvait le cadavre du chien, il n'y était plus et on ne voyait plus aucune traces de la scène d'horreur qui avait eu lieu ici quelques heures auparavant, à croire qu'il l'avait rêvée. Une table avait été disposé le long du mur à gauche de la porte, elle n'était pas là la veille. Sur cette table, il y avait une lampe de bureau et plusieurs plans de bâtiments. Dans le coin, près de la table, Jean-Philippe remarqua un sac de sport de taille moyenne, il contenait certainement la fameuse bombe. Le plus âgé des deux hommes lui fit signe de se placer devant la table, pendant, qu'avec son frère, ils prenaient place de chaque côté de cette même table. Ils lui donnèrent les instructions pour accomplir sa « mission ». Ils lui indiquèrent l'endroit précis où placer la bombe et comment activer le dispositif de commande à distance. Ils terminèrent par des mises en garde.

- Si quoi que se soit ne se déroule pas comme prévue ou si la bombe n'explose pas, tu en seras le seul responsable. Dans ce cas-là, on te laissera te débrouiller tout seul avec ton implant et tu n'auras plus qu'à profiter du peu de temps qu'il te restera avant l'explosion, prévint le plus grand de ses ravisseurs. Inutile d'essayer de le faire enlever ou désactiver, dans le meilleur des cas, il te faudrait plusieurs jours pour trouver quelqu'un qui connait ce genre de dispositif et autant pour pouvoir le désactiver sans le boitier de commande original. Mais si tu fais exactement ce qu'on t'a dit, on désactivera ton implant et tu pourras continuer ta vie.

Malgré ce que venait de dire son ravisseur, cela ne changea rien à l'opinion que c'était fait Jean-Philippe à propos de leurs véritables intentions à son égard, à tort ou à raison. Ils lui remirent une montre, pas la sienne, mais une avec un écran à cristaux liquide, plutôt commune. Elle ne donnait pas l'heure, mais décomptait le temps qu'il restait avant l'explosion de l'implant qu'il avait dans la tête. Ce simple compte à rebours lui rappellerait sans cesse le temps qui lui restait à vivre. Voir les secondes qui défilaient avait quelque chose d'angoissant, mais renforçait également sa détermination. Il savait ce qui lui restait à faire, tout était parfaitement clair dans son esprit à présent.


Ils l'emmenèrent jusqu'à une voiture garée au sous-sol du bâtiment, c'était une petite voiture noire. Un petit modèle discret, « passe-partout », Jean-Philippe cru reconnaitre une Clio, mais il n'en était pas certain, les voitures n'avait jamais été sa passion. Il le firent monter à l'arrière, le plus jeune monta à côté de lui, au cas où il lui passerait une idée idiote dans la tête, selon ses propres mots. La voiture démarra et ils roulèrent durant une vingtaine de minutes avant que jean-Philippe ne parvint à se situer dans le paysage qu'il voyait. Il se dit qu'il devait rester une dizaine de minutes de route. Durant le trajet, pas un mot ne fut échangé, ce qui lui permis de revoir dans sa tête ce qu'il aurait à faire une fois arrivé. Il s'étonna d'être aussi calme dans une pareille situation, cela venait peut-être du fait que tout ça lui semblait encore irréel. La veille, il était un simple employé avec une vie des plus monotone, et le voila pris en otage par des terroristes qui veulent l'obliger à déposer une bombe en le menaçant de lui faire sauter la tête grâce à un micro-implant. Jusqu'à présent, il croyait que ce genre de chose n'arrivait que dans les films d'actions américains.


Peu avant d'arriver, ils passèrent devant un commissariat, Jean-Philippe le regarda.

- Pas la peine d'y penser, on te garde à l'oeil! Dis le plus jeune des frères.

La voiture alla se garer dans une petite rue proche du centre commercial. Jean-Philippe en descendit avec le sac et se dirigea vers l'entrée du grand ensemble d'immeuble de bureaux, comme chaque matin. Au moment de traverser la rue, il entendit une petite sonnerie. C'était la montre à son poignet qui lui signalait qu'il ne lui restait plus que quatre heures. Il passa par la porte de service, comme à son habitude et se dirigea vers son bureau, quand il entendit une voix derrière lui.

- Bonjour Monsieur Martin, comment allez-vous?

Il sursauta et se retourna. C'était Angélique, la stagiaire qui était arrivée deux semaines auparavant.

- Bonjour Angélique, je vais bien et vous vous-même? Répondit Jean-Philippe en s'efforçant de paraître le plus naturel possible.

- Je vais très bien, merci. Vous êtes bien matinal aujourd'hui.

- Euh oui, j'ai rendez-vous tout-à-l'heure et je voudrais finir ce que j'ai commencé hier soir avant d'y aller.

- Je comprend, je ne vous retarde pas plus, Monsieur Martin. Bonne journée.

- Merci, bonne journée à vous aussi, Angélique.


Jean-Philippe alla dans son bureau et cacha le sac avec la bombe au fond du placard où était rangé des dossiers. Ensuite, il se rendit dans un autre bureau, il y chercha quelque chose, ouvrant plusieurs tiroirs avant de trouver ce qu'il cherchait, une clef plutôt grande. Il retourna dans son bureau, prit du papier et commença à écrire. Quand il eut fini, il mit la feuille dans une enveloppe où il inscrivit le nom du destinataire, son fils. Il prit une autre feuille sur laquelle il n'écrivit que trois lignes. Pour finir, il prit une troisième feuille où il ne mit guère plus de texte que sur la précédente. Cela fait, il alla prendre le sac contenant la bombe, l'ouvrit et y plaça la dernière feuille qu'il avait rédigé et un rouleau de ruban adhésif. Il vérifia que la grande clef était bien dans sa poche et sortit de son bureau le sac à la main. Il se dirigea vers un escalier qui menait au sous-sol, plus personne n'empruntait ce chemin depuis plus d'un an, depuis que le vieux coffre-fort du sous-sol avait été abandonné au profit d'un nouveau dispositif entièrement automatique et plus sûr pour conserver certains biens de valeurs pour leurs clients. Arrivé devant la porte du coffre, Jean-Philippe posa son sac sur le sol et sortit la clef de sa poche. Il regarda les chiffres qui étaient inscrits sur l'étiquette attaché à la clef et les reproduisit sur la partie à chiffres du dispositif d'ouverture de la porte. Puis il introduisit la clef dans la serrure, la tourna et pu ouvrir la porte du coffre qui émit un petit grincement. Maintenant que le coffre était ouvert, il sortit la bombe du sac. Il trouvait que l'objet avait une ressemblance assez étonnante avec les répliques qu'il avait pu voir dans des films d'actions. Ses ravisseurs lui avaient expliqué qu'une fois la bombe en place, il devrait enclencher l'interrupteur. Il plaça l'engin dans le coffre, mais ne toucha pas au fameux interrupteur. Ensuite, il referma la porte du coffre, prit la feuille qui se trouvait dedans, celle qu'il avait rédigé quelques minutes auparavant et la colla sur la porte du coffre avec un morceau du ruban adhésif qu'il avait mit dans le sac en même temps que le message. Après avoir jeté un dernier coup d'oeil pour vérifier que tout était en ordre, il remonta et se dirigea vers son bureau. Il ne s'arrêta pourtant pas devant celui-ci, mais devant celui d'en face. La porte était fermée, il frappa, pas de réponse. Il appuya sur la clenche et ouvrit la porte, heureusement elle n'était pas fermée à clef, après avoir contrôlé que personne ne le voyait, il entra. Rapidement, il passa derrière le bureau de son collègue et ouvrit le premier tiroir en haut à droite. Il y découvrit ce qu'il cherchait: un téléphone portable. Il retourna sans délai dans son propre bureau et mis son butin dans sa poche à l'abri des regards indiscrets d'éventuels visiteurs. Puis jeta un regard pensif à sa veste, avant de sortir précipitamment de son bureau pour aller ouvrir un placard du couloir rempli de fournitures en tous genres, mais ne trouva pas ce qu'il y cherchait. En voyant passer son collègue Rachid, il l'interpela:

- Rachid, Bonjour, tu ne saurais pas s'il reste du gros adhésif gris, tu sais celui qu'on avait utilisé pour la cafetière.

- Salut, si si il en reste. Pourquoi? Elle a de nouveau un problème?

- Non, c'est pour moi, j'ai fait tomber mon pot à crayon et il s'est fendu. Je voudrais le réparer avant qu'il ne se casse complètement. C'est un cadeau de mon fils, tu comprends? Menti Jean-Philippe en essayant d'avoir l'air détendu.

- Oui, je comprend. Vas voir dans la salle de détente, dans le placard sous la cafetière. Il me semble que c'est là que je l'ai vu la dernière fois.

- Merci. Je vais aller voir tout de suite.

Il allait partir, quand Rachid le retint.

- Attends, pour ton pot crayon, il vaudrait mieux utiliser de la colle forte que ce truc gris. J'ai un tube de colle dans mon bureau, je te l'apporte. Et il partit.

Jean-Philippe resta interloqué et attendit qu'il revienne avec le tube de colle. Que faire d'autre, cela aurait paru bizarre s'il avait refusé. Il était vrai que l'histoire du pot à crayon était la première qui lui était venu à l'esprit et maintenant elle lui paraissait ridicule. L'improvisation n'avait jamais été son fort et le mensonge non plus. Rachid revint quelques instants plus tard avec la colle.

- Tiens, lui dit son collègue en lui tendant le tube. Garde-le, si j'en ai besoin, je te demanderai.

- Merci, bredouilla Jean-Philippe.

- De rien. Ça va? Tu n'a pas l'air dans ton assiette.

- C'est rien, juste un peu de fatigue et de stress. J'ai un boulot à finir d'urgence.

- OK, alors bon courage, mais souviens-toi que se tuer au boulot n'a jamais aidé personne.

- Merci du conseil, je m'en souviendrai, lui assura Jean-Philippe. Il le trouvait fort à propos vu sa situation et cette ironie le fit rire un peu jaune.

- A plus tard, lui dit Rachid avant de s'éloigner.

Une fois que son collègue eut regagné son bureau, il alla chercher le rouleau d'adhésif gris, qu'effectivement il trouva à l'endroit indiqué par Rachid. Ensuite, il repartit dans son bureau, où il prit sa veste qu'il posa sur le bureau. Avec une paire de ciseaux, qu'il avait sorti de son tiroir, il découpa un morceau de la doublure de sa veste. Il déchira un morceau d'adhésif gris qu'il colla à l'intérieur de sa veste là où il venait de retirer un morceau de doublure qui se situait en haut du thorax du côté gauche. Puis il reprit les ciseaux et avec la pointe fit un trou à travers l'adhésif et le tissus. Il était en train de finir la perforation, quand on frappa à la porte, ce qui le fit sursauter et il manqua de peu de se blesser avec la pointe des ciseaux. Il débarrassa précipitamment son bureau, il mit sa veste sous son bureau, les ciseaux et l'adhésif dans le tiroir, avant de dire, sur le ton le plus calme dont il était capable à cet instant:

- Oui, entrez.

- Salut, tu n'aurais pas vu mon portable? Je croyais l'avoir mis dans le tiroir de mon bureau, comme d'habitude, mais il n'y est pas.

C'était Victor, le collègue qui occupait le bureau d'en face.

- Non, je ne l'ai pas vu, tu l'as peut-être oublié chez toi.

- Ça m'étonnerait, je m'en suis servie dans la voiture ce matin. J'ai été voir si je ne l'avais pas laissé dans la salle de pause, mais non, rien. On a dû me le voler.

Jean-Philippe blêmit, mais garda son calme.

- Tu ne crois pas que tu conclus un peu vite.

- Arrêtes de croire que tout le monde est aussi honnête que toi. J'ai bien vu cette racaille lorgner sur mon portable, rétorqua Victor en haussant le ton.

- De qui tu parles? Demanda Jean-Philippe, incrédule.

- De Rachid bien sûr, de qui d'autre. On leur offre un boulot, mais ça ne change rien, une racaille reste une racaille, renchérit Victor de plus en plus énervé.

- Comment peux-tu dire ça, tu n'as aucune preuve, tenta Jean-Philippe, pour calmer son collègue. Cette situation le mettait très mal à l'aise, parce que, non seulement, c'était lui qui avait volé son portable, mais aussi il s'en voulait de ne pas avoir penser que Victor, raciste notoir, accuserais Rachid de ce vol.

- Il a déjà dû le refiler à un de ses frères pour qu'il le revende.

- De quel frère tu parles, il est fils unique, répondit Jean-Philippe qui commençait à s'énerver lui aussi.

- Tu ne vas pas en plus le défendre ce sale voleur? A croire t'aimes bien ces gens-là, balança Victor en le regardant d'un air méprisant.

- Tu voulais savoir si j'avais vu ton portable, je t'ai répondu, alors maintenant, si tu pouvais me laisser, j'ai du boulot, s'impatienta Jean-Philippe.

- Ça va, ça va. Je te laisse. T'auras qu'à dire à ton pote Rachid que si je retrouve mon portable dans ses affaires. Il ne lui restera plus qu'à préparer ses bagages pour prendre le prochain charter direction son pays de dégénérer, brailla Victor en sortant.

- Et si tu la fermais un peu de temps en temps, ça nous ferait des vacances, lança Jean-Philippe avant de claquer la porte derrière lui.

Cette dernière phrase lui trottait dans la tête depuis des années, mais jamais il n'avait imaginé la lui dire un jour en face. Soudain, il se senti tellement bien d'avoir eu le courage de lui dire cette phrase qui, au fond, n'était pas bien méchante, qu'il regretta de ne pas lui avoir dit tout ce qu'il avait sur le coeur depuis des années.


L'espace d'un instant, il pensa même retourner chercher la bombe pour la mettre dans le bureau de Victor. Il trouvait même l'idée très séduisante, cela faisait si longtemps que Victor le traitait comme un moins qu rien, sans que jamais il n'osa se rebeller. L'occasion était trop belle. Puis il pensa aux autres personnes qui seraient blessées ou tuées dans l'explosion et sa raison reprit le dessus. Il fut étonné d'avoir pu avoir des pensées aussi violente. Et dire qu'en refusant d'obéir à ses ravisseurs, il sauvait la vie à ce connard bourré de préjugés. Il prit quelques grandes respirations afin de se calmer et de pouvoir poursuivre ce qu'il avait commencé avant d'être interrompu par ledit connard. Il ressorti sa veste de sous le bureau, les ciseaux et l'adhésif du tiroir et vérifia le trou qu'il avait fait. Il le rectifia un peu et quand le résultat lui convint, il sortit le portable de Victor du tiroir de son bureau et regarda où se situait l'objectif de la caméra. Il positionna l'objectif en face du trou qu'il avait pratiqué dans sa veste. C'était maintenant la partie la plus délicate du travail qui allait commencer, parvenir à fixer le portable de telle façon que l'objectif reste bien en face du trou. Il devait également laisser les boutons de contrôle accessible pour pouvoir démarrer et arrêter l'enregistrement sans avoir à déplacer le portable. Il dû s'y reprendre à plusieurs fois avant d'y parvenir. A présent, il ne lui restait plus qu'à aller retrouver les terroristes qui l'avait enlevé. Ils l'attendait dans la petite rue où ils l'avait déposé tout à l'heure. Il s'accorda encore quelques minutes de répit aux toilettes.


Cette fois le moment était venu, plus question de reculer. Il respira profondément, enfila sa veste en prenant bien garde à ne pas toucher au portable et se dirigea vers la sortie. Juste au moment où il allait atteindre la porte, il entendit quelqu'un l'appeler. Il se retourna, c'était Rachid qui courait dans le couloir pour le rattraper.

- Oui, qu'est-ce que tu veux? Demanda Jean-Philippe.

- C'est Victor, il fait un scandale en prétendant qu'on lui a volé son portable, lui raconta Rachid. Tu penses que c'est vrai?

- Qui sait? A mon avis, il le retrouvera bientôt et tu le connais, si ce n'était pas pour ça, il aurait trouvé autre chose pour piquer une crise, le rassura Jean-Philippe.

- T'as probablement raison, mais il raconte partout que c'est moi qui lui ai volé.

- Surtout te laisses pas faire par ce type.

- C'est toi qui me dis ça, je ne veux pas te vexer, mais... Commença Rachid.

- Je sais, l'interrompit Jean-Philippe, je me suis toujours écrasé devant lui, c'était une grosse erreur. Je voulais juste te dire de ne pas faire la même, dit-il avec des regrets dans la voix.

- D'accord, lui répondit Rachid. Je ne te retarde pas plus longtemps, tu as l'air pressé. Esperons que Victor aura retrouvé son portable et se sera calmé quand tu reviendras.

- Oui, esperons, articula-t-il sans conviction, avant d'ajouter, Ne t'en fait pas pour ce qu'il dit, personne ne pense que tu as volé son portable, à part lui, et au final, c'est à lui qu'il fait du tort à accuser les gens sans preuve. Il se ridiculise tout seul, ajouta-t-il d'un ton assuré.

- Merci Jean-Phi, ça me rassure. Alors à plus tard.

- Oui c'est ça à plus tard, répondit Jean-Philippe tout en sachant qu'il ne reviendrait jamais plus ici. Il aurait aimé pouvoir dire lui au revoir, mais il ne pouvait rien dire sans risquer de tout gâcher. Rachid était le seul collègue avec qui il lui arrivait de discuter ou d'aller déjeuner, les autres ne lui avait même jamais proposer un café. Avant l'arrivée de Rachid, certains jours, il avait vraiment l'impression d'être transparent au travail. De toutes manières, aujourd'hui, tout ça était fini pour lui, alors à quoi bon avoir des regrets. Il reprit son chemin vers la sortie. Juste avant de pousser la porte, il ouvrit un peu sa veste et vérifia une dernière fois qu'il pouvait démarrer et stopper discrètement la caméra du portable et qu'il était toujours bien fixé.


Il marcha, tel un robot, jusqu'à la voiture de ses kidnappeurs, qui n'avait pas bougé depuis qu'ils l'avaient déposé. Ils le firent monter à l'arrière.

- Alors c'est fait? Interrogea le plus jeune.

- J'ai fait ce que j'avais à faire, répondit l'employé sur un ton neutre.

- Parfait, lâcha l'homme au volant avant de démarrer.

Il ne roulaient que depuis deux minutes quand ils s'arrêtèrent et firent sortir Jean-Philippe de la voiture « pour admirer son oeuvre » pour reprendre les termes utilisés par l'un de ses ravisseurs. Ils étaient près d'une gare et se dirigèrent vers une passerelle permettant aux piétons de passer au dessus des voies de chemins de fer. Une fois en haut de la passerelle, ils avaient une vue dégagée sur l'immeuble où travaillait Jean-Philippe. Ses ravisseurs vérifièrent que personne n'arrivait sur la passerelle avant que le plus âgé ne sortit une télécommande de la poche de sa veste. Le moment était venu, sans se faire remarquer, le « prisonnier » activa la mini-caméra et essaya de trouver un angle de vue qui soit convenable tout en restant naturel, pour éviter de se faire remarquer. Il se félicita d'avoir pensé à couper la sonnerie du portable, car au moment où il activa la caméra, il entrevit le voyant « appel » clignoter. Une partie de son plan serait tombé à l'eau, si le portable avait sonné pendant qu'il filmait. L'aîné des terroristes s'apprêtait à retirer un clapet transparent qui protégeait un bouton rouge, quand son frère l'interrompit.

- Tu m'avais dit que c'est moi qui le ferait.

- S'il n'y a que ça pour te faire plaisir, petit frère. Vas-y, amuse-toi, lui répondit son frère en lui tendant le boitier.

Celui-ci le prit avec le regard d'un enfant qui découvre le jouet de ses rêves sous le sapin, le matin de Noël. Il ouvrit lentement le clapet et appuya sur le bouton tout en fixant l'immeuble. Bien entendu, rien ne se produisit. Quand deux regards furieux se posèrent sur lui, Jean-Philippe se demanda pourquoi il ne leur à pas dit tout de suite qu'il n'avait pas connecté la bombe. Qu'espérait-il? Un miracle? Qu'ils verraient une explosion qui n'existe pas? Il rassembla le peu de courage qui lui restait et fit face aux deux hommes. Avant qu'ils n'ai pu dire quoi que ce soit, Jean-Philippe prit les devants.

Par wisa - Publié dans : Histoires de nouvelles - Communauté : les auto-édités
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